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Bienvenue Célestine
Le billet de Grégor d'octobre 2009
Un jeudi comme les autres dans mon bureau d'échevin. Monsieur est assis dans le fauteuil en face de moi. Il a été régularisé il y a cinq ans. Il travaille dans une entreprise d'économie sociale spécialisée en construction et rénovation. Le salaire n'est pas énorme mais il est fier de son boulot. Son épouse travaillait elle aussi dans une entreprise d'économie sociale comme aide ménagère. Travaillait ? Oui, elle a dû arrêter. Malade ? Non. L'entreprise a fait faillite ? Non. Licenciée abusivement ? Non. Et maintenant, avec un seul revenu, ils n'arrivent plus à payer le loyer de l'appartement qu'ils occupent avec leurs trois enfants. Ils n'ont pas payé le mois de septembre. Ils ne pourront payer qu'une partie d'octobre. Monsieur a accepté l'étalement proposé par le propriétaire mais il sait bien qu'il ne pourra pas l'honorer. Le surendettement est là. Alors ils cherchent un autre logement moins cher. Ils sont sur une liste d'attente pour obtenir un logement social. Monsieur et Madame sont noirs. Leurs enfants aussi. Avec un seul revenu, ils ne trouvent pas de logement privé. Ou alors insalubre. Ou alors dans un quartier où Monsieur ne veut pas installer sa famille parce que là, on tire la nuit dans les vitrines.
Et l'emploi de Madame ? Elle l'a perdu à cause de Célestine me dit Monsieur. Célestine a une semaine de plus que ma fille. Quatre mois et demi. Et voilà l'origine de cette situation qui dérape : ils ne trouvent pas de crèche. Bien sûr il y a quelques places dans les crèches privées. Mais à 525 euros par mois, comment payer ? Plus de place dans les crèches publiques, alors madame a bien été obligée de renoncer à son emploi. Or, vous le savez bien, lorsque l'un des deux parents n'a pas d'emploi, on n'est plus prioritaire pour avoir une place dans une crèche communale. Et on a encore moins de moyens pour se payer une crèche privée. C'est un cercle vicieux. Un revenu en moins, impossible de payer une crèche privée. Un emploi en moins, on recule dans les priorités pour obtenir une place dans une crèche publique.
Je suis d'autant plus en colère que je me projette dans leur situation. Oubliez les poncifs de droite sur l'assistanat. Monsieur et Madame se battent pour travailler. Ils veulent contribuer à notre société. Ils veulent, comme tous, gagner leur vie pour offrir un meilleur avenir à leurs enfants. Mais notre société "développée" a créé ce piège. Au moment où tout devrait concourir à la bienvenue à Célestine. Au moment où nous savons maintenant que tout se joue. Célestine a quatre mois et demi et déjà, sa vie prend une direction durable sous les effets des inégalités sociales. Sa naissance, comme dit Monsieur, a fait perdre un emploi et un logement à sa famille. Bienvenue Célestine.
Que dire à Monsieur ? Lui dire que les problèmes communautaires sont à l'origine du sous-financement de Bruxelles et de ses communes ? Que Forest aurait chaque année 30 millions d'euros de plus du Fonds des Communes si nous étions en Flandre ou en Wallonie ? Lui dire que nous avons prévu trois nouvelles crèches publiques dans les Contrats de Quartiers et que la première sera construite en 2011 ? Lui dire que nous prévoyons aussi soixante logements publics pour 2011, 2012 et 2013 ? Lui dire que nous ne ménageons pas nos efforts ?
C'est aussi cela, le travail d'un échevin, la tension permanente entre les injustices d'aujourd'hui et nos mobilisations à long terme. On continue. La rage au cœur. On continue pour Célestine. En absorbant les critiques de tous les "il-n'y-a-quistes" et "à-quoi-bonistes". Tous ceux qui savent bien "qu'il suffit d'un peu de volonté politique". On continue avec tous ceux qui se battent tous les jours sur le terrain, dans nos maisons de quartiers, à la Maison des Jeunes, au service de prévention, à la Mission Locale pour l'Emploi, dans nos Contrats de Quartiers débordés (!), dans nos quartiers commerçants, pour essayer de changer le monde. En commençant par Forest.
Grégor Chapelle,
Echevin du Travail
Septembre 2009
Le dernier livre de Grégor Chapelle publié en 2008 : Lettre à mon Parti


